Institut d’Études
et de Culture Juives
Ouvert au public sur inscription gratuite par mail à edouard.robberechts@univ-amu.fr ou sophie.nezri-dufour@univ-amu.fr
Lundi 20 octobre 2025 - MMSH
13H -16H00
Christine CHARBIT-PAQUOLA
Corps de lumière, corps de chair
Comment bien vivre dans son vêtement de peau
« Dans les mythologies les plus anciennes, les récits de la création sont médiatisés par une abondance de références corporelles. Le corps humain apparaît comme la donnée première qui nous fait prendre conscience de notre être-au-monde, de notre intégration à une culture, une tradition, une société particulière. C'est ce qu'a développé Merleau-Ponty lorsqu'il explique qu'exister en tant qu'être humain c'est d'abord et avant tout avoir la perception de son corps. Nous sommes conscients de notre existence au monde à travers
|
les sensations, les émotions, les désirs que nous ressentons. Au-delà de l'expérience universelle que décrit la phénoménologie, le corps humain revêt une dimension sociale et une portée symbolique par lesquelles les individus pensent, expérimentent les catégories, les idées qui singularisent la culture à laquelle ils participent et s'identifient. Mais la matérialité n'est pas seulement cette donnée immédiate, concrète, qui nous rend conscients de notre expérience du monde ; elle possède également une dimension plus profonde, énigmatique, cachée, du fait que c'est par son intermédiaire que nous prenons conscience de l'invisible, de l'infini, de ce qui nous dépasse... Dans les traditions juives, l'esprit, l'âme et le corps sont intrinsèquement interconnectés, formant une entité unique, sans que soient introduites des compartimentations étanches, des hiérarchies rigides entre les données concrètes et les réalités supranaturelles. » (Jean Baumgarten, Le corps humain dans les textes de la traditionjuive, de la bible aux Lumières, Paris, Albin Michel, 2017, p.343-345) En s'appuyant sur le concept de « chair du monde » développé par Merleau-Ponty, notre enquête interrogera la perception du corps à partir de la kabbale et des textes bibliques pour essayer de dépasser la vision occidentale d'une dichotomie entre le corps et l'esprit. |
A propos de
Christine CHARBIT-PAQUOLA
Docteure en MAMHS, spécialité philosophie juive, Christine CHARBIT-PAQUOLA a soutenu sa thèse : l’herméneutique juive au secours de la modernité. Puiser aux sources de la tradition juive pour essayer de guérir nos problématiques contemporaines, en mars 2024 sous la direction d’Edouard Robberechts et de Joëlle Zask.
Inspirée par la figure et l’œuvre de la philosophe-psychanalyste Eliane Amado Lévy-Valensi, son travail interroge notre modernité, propose de réfléchir à notre posture et à notre responsabilité pour développer une nouvelle écologie de nos paysages intérieurs et de nos environnements. Convaincue de la valeur thérapeutique du « merveilleux », elle élabore à partir des textes bibliques et de la kabbale un narratif, volontairement optimiste, basé sur l’en-chantement dans la mouvance de l’éco-philosophe David Abram.
Le thème de la corporéité s’impose actuellement au sein de sa réflexion, lui permettant de renouveler son questionnement phénoménologique pour penser notre façon d’être au monde et tenter d’envisager de nouvelles approches pour construire le futur.
Bibliographie
Jean Baumgarten Le petit monde, le corps humain dans les textes de la tradition juive de la Bible aux Lumières, Paris, Albin Michel, 2017.
Les Colloques Cerisy, sous la direction de Corine Pelluchon et Yotetsu Tonaki, Levinas et Merleau Ponty, le corps et le monde, Paris, Hermann, 2023.