Institut d’Études
et de Culture Juives
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14H - 17H
Cyril ASLANOV
Approche linguistique des judéités caucasiennes et transcaucasiennes
Le Caucase et la Transcaucasie constituent des régions refuges où se sont retranchées des populations qui sont souvent originaires d'autres endroits géographiques. L'exemple le plus frappant est celui des Ossètes, descendants des Alains, dernier vestige des Scythes jadis répandus du Dniestr à la Mer d'Aral. Les Juifs du Caucase s'inscrivent dans cette logique de la perpétuation d'une identité fort ancienne grâce à la vocation de cette région du monde à accueillir des isolats linguistiques. De langue iranienne (leur langue, le juhuri est une variété juive du tat, langue iranienne sud-occidentale) ces Juifs des Montagnes, comme on les appelle parfois, représentent la butte-témoin d'une époque où le persan et autres langues iraniennes étaient beaucoup plus répandus dans l'aire linguistique caucasienne et transcaucasienne. Vivant aussi bien dans le Caucase même (Daguestan ; Tchétchénie) qu'en Transcaucasie (Azerbaïdjan) ils maintiennent vivant l'usage de leur langue ancestrale qu'ils appellent de façon endonymique par le terme de farsi "persan" sans spécification.
Cette ethnie des Juifs des Montagnes se distingue clairement des Juifs géorgiens qui sont parfaitement intégrés dans l'aire linguistique sud-caucasienne (kartvélienne) et auxquels sont consacrées les deux contributions du 3 février 2025. Dans le premier cas, la relation entre les Juifs des Montagnes et l'environnement non-juif se caractérise par une hétéroglossie puisque les langues des populations musulmanes du Daguestan et de la Tchétchénie se caractérisent par leur appartenance au groupe caucasien nord-oriental, famille de langues sui generis. De son côté, l'Azerbaïdjan est peuplé par des Turcophones dont la langue (l'azéri) se distingue clairement du tat ou du talysh, langues iraniennes parlées par des minorités et notamment par ceux des Juifs des Montagnes qui peuplent l'Azerbaïdjan. En revanche, la relation entre les Juifs géorgiens et leur environnement non-juif est caractérisée par l'homoglossie (communauté de langue).
Un autre pays de la Transcaucasie mérite d'être examiné dans cette réflexion sur la dimension linguistique de l'identité juive transcaucasienne : il s'agit de l'Arménie, pays où une communauté juive spécifique a survécu jusqu'au XIVe siècle. D'après le style des épitaphes du cimetière juif de Yeghegis, les Juifs locaux partageaient un grand nombre de traits culturels les Juifs de Mésopotamie (Irak et peut-être plus encore, Kurdistan irakien). Toutefois les données onomastiques figurant sur ces épitaphes révèlent que les Juifs de l'Arménie médiévale étaient probablement iranophones et plus précisément, persanophones.
Enfin, ce passage en revue des judéités caucasiennes et transcaucasiennes doit aussi prendre en compte la présence d'Ashkénazes depuis l'époque tsariste et encore davantage à l'époque soviétique dans les grandes villes de Transcaucasie : Tbilissi ; Yérévan ; Bakou.
Ancien élève de l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm, Cyril Aslanov a obtenu une licence en lettres classiques, une maîtrise et un DEA en études grecques à Paris 4-Sorbonne (1985-1988), ainsi qu’une agrégation de grammaire (major de la promotion 1987). Parallèlement à ses études de doctorat débutées en 1988 à la même université, il a assuré les fonctions d’Allocataire-Moniteur-Normalien à l’Université Charles de Gaulle-Lille 3, où il a enseigné le grec ancien (1990-1993). Il a soutenu son doctorat en novembre 1992 sur le thème : L’adjectif épithète dans la Septante : étude syntaxique et sémantique. En 1996, il est recruté au Département de Langue et Littérature françaises de l’Université Hébraïque de Jérusalem, avec le rang de maître de conférences. Il a occupé cette fonction jusqu’en 2003, puis est titularisé et promu associate professor dans le même département de Langue et Littérature françaises. En 2013, il a reçu les Palmes académiques françaises, récompensant son implication pour la diffusion de la langue et de la culture françaises en Israël. En juillet 2001, il a passé son Habilitation à Diriger des Recherches à l’Université Paris 7-Diderot sur le thème: Le français et l’occitan à l’épreuve du contact linguistique: Méditerranée orientale et occidentale. En mai 2014, Cyril Aslanov est recruté par concours au Département de Lettres modernes d’Aix-Marseille Université, où il a été intégré en septembre 2014 en qualité de professeur de linguistique française. En 2006, il est élu membre de l’Académie de la Langue Hébraïque (Jérusalem). Nommé à l’Institut Universitaire de France en 2018 (Senior/linguistique).
Il a publié les livres suivants (par ordre chronologique) :
Pour comprendre la Bible: la leçon d’André Chouraqui, Monaco, Éditions du Rocher, 1999. Le provençal des Juifs et l’hébreu en Provence: le dictionnaire Šaršot Ha-Kesef de Joseph Caspi, Louvain-Paris, Peeters, 2001. Evidence of Francophony in Mediaeval Levant: Decipherment and Interpretation (MS. BnF. Copte 43), Jérusalem, The Hebrew University of Jerusalem Magnes Press, 2006. Le français au Levant, jadis et naguère. À la recherche d’une langue perdue, Paris, Honoreé Champion, 2006. Parlons grec moderne, Paris, L’Harmattan, 2008. Sociolingüística histórica de las lenguas judías, Buenos Aires, Ediciones Lilmod, 2011. A Tradução como Manipulação, São Paulo, Perspectiva, 2015. New Perspectives on the Sacred and the Secular in Old French and Old Provençal Poetry, Newcastle upon Tyne, Cambridge Scholars, 2019. Applying Contact Linguistics to Indo-European Comparative Linguistics, Aix-en-Provence, Presses Universitaire de Provence, 2024.
Bibliographie de Cyril Aslanov