De 14h à 15h30

 

Vous avez dit "laïcité" ? : résonances d'un mot "alien" au prisme de l'histoire et de la tradition juive : une introduction.

Par Jean-Marc CHOURAQUI

Si les concepts de "laïc" et de  "religieux" , de "laïc" et de "profane" semblent avoir clairement été pensés,  et mis en pratique dans le monde chrétien , cette terminologie, pour beaucoup, paraît être originellement bien étrangère au judaïsme, ( comme à l'Islam ) d'où le mot "alien" dans le titre.

Dans cette intervention, il s'agira de montrer dans un premier temps dans quelle mesure cette distinction d'un point de vue des catégories et des textes fondateurs n'est effectivement guère évidente.

Puis, nous verrons dans quelle mesure elle a pu émerger dans l'histoire du judaïsme, d'abord  dans la société d'Ancien Régime et surtout avec l'éclatement des anciennes communautés, avec la Modernité et la Révolution française.

Enfin nous conclurons en examinant comment certains (dont Emmanuel LEVINAS) ont voulu établir un parallèle entre des données et notions  de la tradition juive, et la laïcité.

 

   

A propos de

Jean-Marc CHOURAQUI   

 

Jean-Marc CHOURAQUI, Professeur des Universités, a enseigné à AMU.

Co-fondateur de l'IECJ, il en a été le Directeur pendant près de 30 ans.

Il est toujours Chargé de cours et de conférences à Sciences Po- Aix.

Il est membre du Laboratoire TDMAM-CPAF à la MMSH et a travaillé sur l'histoire des mentalités chrétiennes d'abord , puis sur les relations entre Juifs et Chrétiens, et enfin sur le rapport entre judaïsme et modernité.

Il est aussi membre du Conseil Scientifique du Camp des Milles.

 

   

De 15h30 à 17h

 

Oublier la honte : occultation et résurgence de la mémoire : Le combat du Camp des Milles (années 1940-2010)

Par Camille MARCO-CISTERNA

 

La mémoire historique se caractérise par sa complexité et son caractère sélectif : certains événements sont mis en avant, tandis que d’autres sont relégués à l’oubli, en particulier lorsqu’ils renvoient à des épisodes jugés honteux, comme ce fut le cas au cours de la Seconde Guerre mondiale. Cette période a en effet produit une mémoire plurielle, hiérarchisant les souvenirs et instaurant un silence durable autour de certains faits et lieux, tels que le camp des Milles. En révélant le rapport des sociétés à leur passé, la mémoire est ainsi devenue à la fois une source et un objet de recherche pour l’historien, permettant d’analyser la portée d’un événement à un moment donné ainsi que les traces — ou leur absence — qu’il laisse dans le temps. 

Dans cette perspective, cette présentation analyse le processus d’occultation puis de résurgence de la mémoire du camp des Milles au sein de la mémoire collective. Elle vise à comprendre les mécanismes ayant conduit à un long silence mémoriel, avant d’en retracer les principales étapes, depuis l’effacement de ce lieu à partir des années 1940 jusqu’à son retour progressif dans l’espace public dans les années 1980-1990.

L’analyse porte ensuite sur la transformation de l’ancien camp en un lieu de mémoire et d’éducation, considéré comme l’aboutissement de cette trajectoire mémorielle. 

Ce cas d’étude permet également de souligner les fonctions de la mémoire dans les sociétés contemporaines. À l’échelle européenne, la mémoire de la Seconde Guerre mondiale est souvent présentée comme un rempart contre l’extrémisme et un fondement de la démocratie. Le Site-mémorial du Camp des Milles s’inscrit dans cette logique, mobilisant le passé pour éclairer le présent et contribuer à la construction de l’avenir.

 

   

A propos de

Camille MARCO-CISTERNA     

 

Camille MARCO-CISTERNA a obtenu en 2025 son Master 2 de recherche en histoire à Aix-Marseille Université, où elle a effectué l’ensemble de son parcours universitaire. 

Spécialisée en histoire contemporaine, elle s’intéresse aux enjeux mémoriels de la Seconde Guerre mondiale, notamment aux formes de construction, de mise en scène et d’occultation des souvenirs entourant certains événements de cette période.

Au cours de ses deux années de master, sous la direction d’Isabelle RENAUDET et de Jean-Marc CHOURAQUI, elle a consacré ses travaux à la mémoire du camp des Milles, analysant les mécanismes du long silence mémoriel qui a entouré cet ancien camp d’internement et de déportation, ainsi que les conditions de sa réémergence dans la sphère publique. Plus largement, ses recherches s’inscrivent dans une réflexion sur la mémoire collective et les processus de transmission, de sélection et de recomposition du passé dans les sociétés contemporaines. 

 

 

 

Bibliographie (Camille MARCO-CISTERNA) :

Barcellini Serge. « L’État républicain, acteur de la mémoire : des morts pour la France aux morts à cause de la France », in Blanchard Pascal et Veyrat-Masson Isabelle (dir.). Les guerres de mémoire. La Découverte, 2008, p. 209.

Boursier Jean-Yves. Musées de guerre et mémoriaux : politiques de la mémoire. Maison des sciences de l’homme, 2005, 257 p.

Boursier Jean-Yves. « Guerre, traumatisme et récit ». Cliniques méditerranéennes, 86-2, 2012, p. 219-228.

Bouton Christophe. « Le devoir de mémoire comme responsabilité envers le passé ». Devoir de mémoire ? Les lois mémorielles et l’Histoire. Éditions de l'Éclat, 2014, p. 53-72.

Camarade Hélène. « Lieux historiques, musées et mémoriaux ». Essais. Revue interdisciplinaire d’Humanités, 6, 2015, p. 8-16.

Chouraqui Alain et Lalieu Olivier. « Le camp des Milles : une histoire plurielle, une mémoire pour demain ». Cahiers d’Études Germaniques, 53-2, 2007, p. 123-132.

Chouraqui Alain. Pour résister : À l'engrenage des extrémismes, des racismes et de l'antisémitisme. Cherche Midi, 2015, 192 p.

Chouraqui Alain. Le Vertige identitaire : Tirer les leçons de l’expérience collective : comment peut basculer une démocratie ?. Actes Sud, 2022, 208 p.

Conan Eric et Rousso Henry. Vichy un passé qui ne passe pas. Fayard, 1994, 330 p.

Grandjonc Jacques et Grundtner Theresia. Zone d'ombres 1933-1944 : Exil et internement d'Allemands et d'Autrichiens dans le sud-est de la France. Alinea, 1990, 474 p.

Grésillon Boris, Lambert Olivier et Mioche Philippe. De la terre et des hommes La tuilerie des

Milles d’Aix-en-Provence (1882-2006). Ref2c, 2007, 176 p.

Halbwachs Maurice. La mémoire collective. PUF, 1997, 304 p.

Kattan Emmanuel. « 4. Le devoir de mémoire et la Shoah », in Penser le devoir de mémoire. Presses Universitaires de France, coll. « Questions d’éthique », 2002, p. 67‑84.

Lalieu Olivier. « La difficile mémoire des lieux d’internement en France ». Revue d’Histoire de la Shoah, 181, 2004, p. 177-190).

Ledoux Sébastien. Le devoir de mémoire : une formule et son histoire. CNRS Éditions, 2021, 368 p.

Nora Pierre (dir.). Les lieux de mémoire, t. 1, La République. Gallimard, 1984t. 2, La Nation. Gallimard,1986 ; t. 3, Les France. Gallimard1992.

Ricœur Paul.  La Mémoire, l'Histoire, l'Oubli. Le Seuil, 2014, 672 p.